Crésus
Jeu présenté par Lagaf' assisté de Crésus (Gilles Vautier)
2 saisons - 10 mois (juin-juillet 2005 et janvier-août 2006)
Programmation : du lundi au vendredi à 18h
Durée : environ 40 minutes
Principe : chaque manche du jeu permet d'éliminer un candidat dont la cagnotte de 50 000 € est transféré au candidat qu'il a affronté lors du duel de fin de manche. S'il répond aux cinq questions
qui lui sont posées, le finaliste remporte sa cagnotte.
Après avoir cherché un nouveau concept pendant un an, Lagaf' revient en juillet 2005 avec un nouveau jeu : Crésus.
Il est près pour la première, il est confiant, il n'a rien à perdre. Le nouveau jeu est censé ne durer qu'un été. Il sera programmé à 18 heures. A 19 heures, ce sera "Qui veut gagner des millions
?". Normal le jeu est un succès chaque été depuis 2000. Mais 18h, c'est l'horaire maudit, celui du premier exil avec le Bigdil. Mais il a remplacé celui de 19 heures dans l'esprit du public comme
l'heure où Lagaf' sévit.
Alors 18 heures, le 4 juillet 2005. Pas de générique : un squellette apparaît à l'écran, parle avec une voix qui ressemble à celle de Bill et annonce Lagaf'.
Le squelette, c'est Crésus, alias Gilles Vautier, Bill dans le Bigdil : continuité et rupture à la fois. Bill est mort, voici son squelette. Celui ci porte un costume semblable à celui de
Lagaf' : (veste longue, chemise et cravate de couleurs). Mais la veste n'est pas unie : elle prend des motifs démodés.
Lagaf' apparaît, crâne rasé. Le choc de sa nouvelle coupe est amortie par les photos publiés les semaines précédentes dans la presse. Son nouveau costume de scène est totalement différent de ceux dont il nous avaient habitué : il a choisi la sobriété tout en ne délaissant pas l'originalité avec des chemises lègères sans col. Une fois de plus, il est très difficile de se rappeler un animateur habillé de la sorte.
Est-ce que je vous ai manqué ? Est-ce que je vous plais ?
Dès qu'il arrive sur son plateau, Lagaf' interroge le public : Est-ce que je vous ai manqué ? Est-ce que je vous
plais ?
Deux choses : son nouveau look va-t-il plaire au public et surtout a-t-il raison de revenir, le public a-t-il pu se passer de lui ?
Nouveau jeu, nouvel univers. Crésus remplace Bill. Crésus est un richissime défunt sans héritier. Chaque
jour, vont se succéder des prétendants à l'héritage et seuls les plus cultivés mais aussi les plus malins vont pouvoir s'accaparer une partie de la fortune de Crésus. Lagaf' joue le rôle du
notaire.
Le plateau. Couleurs chaudes, rouge, orange, jaune. Vu d'en haut : le public forme un cercle autour des candidats qui eux mêmes en forment un. Au centre au sol, un écran rond où s'affiche le titre de la manche et les mauvaises réponses des candidats. Au milieu des candidats, Lagaf' prend place. Assis ou debout, face à un pupitre éléctronique (marque DELL), il pose des questions tour à tour à chacun des candidats en tournant sur lui même.
Au début, cinq candidats. A l'issue de chacune des quatre manches, un candidat est éliminé afin qu'il n'en reste qu'un à la fin. Le finaliste peut remporter les 50 000 euros offerts à chacun au début plus les 50 000 euros qu'il aura chiper à ses concurrents lors des duels de fin de manche, s'il répond à cinq questions.
Une mauvaise réponse, c'est un camembert.
Deux mauvaises réponses et le candidat doit défier en duel un des candidats
Le jeu n'est pas particuliérement original : par moments, il ressemble à Qui veut gagner des millions, au Maillon faible, à Qui veut gagner des millions et à la centaine des jeux inventés depuis le début de la télévision. "Retirez deux mauvaises réponses..ah non, il ne le font pas ici.... C’est la régle. C’est comme à Koh-lanta, le clan a décidé que vous deviez défier quelqu’un", dit Lagaf'. Mais l'essentiel est le ton apporté par les animateurs. Avec Lagaf', on peut s'attendre à tout. Le jeu peut parfois ne paraître qu'un prétexte.
Mais la mécanique du jeu est parfaite. Pas de temps mort, le jeu ne peut s'arrêter, les candidats tombent les uns après les autres.
A la fin, Lagaf' est seul au milieu du plateau avec le candidat. Le rythme ralentit. Alors soit le suspense s'installe soit Lagaf' en profite pour délirer pour ne pas s'ennuyer. Alors ce sont de grands moments de télé ! Vous allez voir que, d’un coup, la déconnade habituelle de Lagaf' devient dramatique. Lagaf' parvient même à trouver plus de liberté qu'à l'époque du bigdil. On fait ce qu’on veut, on est chez nous !.
Quatre mois passent. Septembre, Octobre, Novembre, Décembre. Lagaf' n'est plus
apparu à la télé à la présentation de son émission. D'accord, il a été présent tout l'été (enfin les 40 Crésus ont été enregistré en peu de temps), il a droit à des vacances. Mais comme
au début de la saison précédente, Lagaf' nous laisse dans l'incertitude. On sait qu'il prépare de nombreux projets (un film, un téléfilm et un album) et on s'imagine qu'il y travaille
sérieusement. C'est même ce qui nous fait accepter son absence du petit écran.
Mais Lagaf' ne montre pas clairement si oui ou non il en a fini avec la présentation d'un jeu quotidien. Va-t-il revenir avec une nouvelle émission ? En janvier ? Il est encore en contrat avec
TF1.
En tout ca, une période est définitivement close. Lagaf' de septembre à juin, chaque jour sur TF1, ce n'est plus possible. Lagaf' n'en a plus vraiment envie (trop fatiguant, éreintant) et la
chaîne non plus : les jeux ou les émissions de télé réalité ne restent à l'antenne que quelques semaines ou quelques mois.
Le retour de Crésus est une surprise : Vincent avait déclaré en juin que le jeu s'arrêterait en septembre. Mais le succès de son nouveau jeu pendant l'été interdit de l'enterrer à la rentrée comme un amour de vacances. Des rumeurs avaient circulé selon lesquelles Nikos Aliagas ou Bruno Roblès pourraient reprendre sa place. Queneni.
Le 3 janvier 2006, Crésus revient donc à l'antenne. Il est 18 heures 16. C'est reparti. "Bonne année !".
Lagaf' n'a rien perdu de son insolence : "C'est un jeu injuste, c'est la mode, ça plait, moi aussi"
Et le lendemain : "Avec des si, on couperait la Terre en deux" ; la candidate est avocate en affaires : "je connais bien ça"; "Crésus est pénible avec les blondes mais il en rêve"; "T'es gentil, t'attends que je pose la question";"Je n'ai jamais pu courir avec mes petites jambes. Quand il y avait des courses, j'étais chronomètre. Et puis je monnayais les temps : l'argent de poche que j'ai pu me faire !".
Le ton est donné en deux jours : bons mots, taquineries, absurdités, anecdotes cocasses, réflexions très personnelles, réactions à vif sont de retour . Avec Lagaf', c'est un jaillissement
perpétuel de petites phrases bien senties qui sortent naturellement et ne paraissent ni préparées, ni lourdement amenées, ni maladroitement dites.
Quelques changements ont été apporté. Les noms des manches ne sont plus les mêmes et Crésus apparaît entre les manches pour faire un point sur les gains.
Quand Lagaf' dit "vous venez de vivre une émission de Crésus", les habitués comprennent.
Premièrement, il y a le jeu en lui même au déroulement implacable. Il faut choisir son camp, soutenir un candidat, trembler lors des duels et de la demi-finale. Puis lors de la finale, on prend
la place du candidat et on tente de répondre au mieux aux questions.
Parallélement, toute une histoire se déroule : des candidats se font remarquer ("vous avez les yeux d'Henri Fonda", "Que j'aime vos macarons";"Pourquoi rentrer dans
la police quand on est belle et qu'on a la vie devant soi";"Il a piqué la chemise de Me Hauguel"; "On a la blonde agitée et la blonde pas blonde"), Crésus prend en grippe certains
candidats, Lagaf' sympathise avec d'autres, des candidats traînent des surnoms, des dossiers d'un bout à l'autre de l'émission…
Là, où Lagaf' peut laisser libre cours à son imagination, c'est pendant la finale. Pendant que le candidat tente de réfléchir, Vincent fait n'importe quoi ! Il y eut la série d'imitations de
Céline Dion, les apartés avec le public, les calculs mentaux compliqués, les attentes de réponse trop longs,… A chaque fois, c'est différent. Mais il y a quand même des running gags comme celui
avec la colonne (Oh la colonne !)
On fut étonné que Lagaf' finisse chaque émission par un conseil mystérieux "N'ouvrez la porte à personne". Il en dit plus ensuite "Les enfants, on n'ouvre à personne", "Les enfants, la porte fermée, n'ouvrez pas" (Et Crésus continua par : "Les enfants, la porte, je la prends"). Les choses se précisaient encore le lendemain : "Fermez la porte et n'ouvrez à personne si les parents ne sont pas là". Cette proscription aux enfants, il ne l'oublia aucun soir ensuite."Les enfants, quand on est tout seul à la maison, on n'ouvre à personne"
Pendant six ans et demi, Lagaf' était le roi du bigdil. Un roi d'un monde délirant qu'il avait créé presque entiérement avec son équipe. Et ce n'éatit pas un roi fantoche, un homme de paille ou
un pantin animé par des plus puissants. Il donnait en tout cas l'impression d'être seul maître à bord de son cirque : patron, maître loyal et clown à la fois.
Le succès du jeu excitait beaucoup de jalousie : un humoriste venu de la scène réussissait là où tant de prétendus professionnels s'étaient plantés et montrait que leurs règles n'étaient pas les
seules. Il occupait une case importante en se moquant de cette importance. Il n'avait pas besoin de montrer les ébats d'une gogo danseuse et d'un play boy dans une piscine, de promettre des
centaines de milliers d'euros aux candidats ou de leur demander de donner en spectacle leur vie privée.
Le bigdil, c'était l'anti télé-réalité mais la mode était à la télé-réalité : parce que des programmes de télé-réalité marchaient parallélement, les autres types de programme n'avaient pas le
droit d'exister. On avait trouvé le bon filon et on voulait l'exploiter au maximum. Cela fait penser aux villages détruits et rasés pour permettre l'explotation d'un minerai contenu dans les
sous-sols.
En septembre 2003, on ne laissa pas le choix à Lagaf' : il déménageait à 18 heures ou son émission était supprimé, la star academy prenant des quartiers d'automne sur la chaîne et convoitant la
case 19h-20h. Lagaf' comprenait et s'expliquait dans son bigdil new look : TF1 est une chaîne leader, elle se doit de privilégier le programme le plus fort. Ca c'était pour ne pas se fâcher avec
la chaîne. Mais dans la presse, lorsqu'il ne se contentait pas d'un no comment, il confiait son amertume et sa déception.
Première crise professionnelle sans doute de sa carrière. Les dirigeants de la chaîne avaient-ils raison ? Etait-il
devenu un vieuw clown ringard ou allait-il le devenir à force qu'on le lui répétât ? Ou n'y avait-il pas un grand malentendu ? Il n'était pas propriétaire de sa case, elle appartenait aux
publicitaires : ceux-ci ne veulent pas six millions de personnes de tout âge heureux et ravis de passer chaque soir 50 minutes de détente mais cherchent à communiquer leur message publictaire à
des catégories particulières de public : les femmes de moins de 50 ans et les jeunes. Lagaf', homme de scène pendant plus de dix ans, ne connaissaient qu'une loi, celle de la salle pleine.
Lorsqu'il remplissait des théâtres, des salles de cabaret ou des chapitaux, il se moquait de savoir si le public était plutôt jeune, plutôt vieux, plutôt riche ou plutôt pauvre. Sa calculette à
lui c'était la mémoire des rires. Mais le boîtier audimat ne comptabilise pas les rires mais le nombre de regards scotchés à l'écran. Alors que le bigdil était un moment de détente, les émissions
de télé réalité hypnotisent les téléspectateurs.
Maltraité pendant une année, il décide à la fin de la saison d'arrêter le bigdil, son bébé. Le 23 juillet 2004, une dernière émission exceptionnelle. D'abord, Lagaf' reprend le costume qu'il portait durant les deux premières années du bigdil. Ensuite, il décide de saborder le navire : il dévoile que Bill n'existe pas et que c'est Gilles Vautier qui se cache derrière le personnage virtuel. Nul n'ignorait que les extraterrestres n'ont pas débarqué sur Terre. Mais il rompt le rêve, revient à la réalité. On reveint en arrière, on retourne six ans et demi plus tôt, Bill n'existe pas encore, Gilles est assis à côté de lui sur un canapé quelconque comme ceux qu'on trouve dans les loges de théâtre, Lagaf' dans son costume de l'autre siècle va lui proposer de l'assister dans une nouvelle émission.
"Ses six ans et demi, ils me resteront là", disaient-il en désignant son cœur avant d'entamer une chanson de circonstance "J'ai quitté mon job au garage, j'avais trop mis le doigt dans l'engrenage, fini le cambouis, j'ai cassé le réveil qui me sortait de mon sommeil, elle tourne la roue de la vie…Avec ma vieille guitare, je me ferais deux ou trois dollars, de quoi vivre des années en se levant tard". Cette chanson, il la chante en anglais parce qu'il aime les versions originales. En retrouvant la traduction en français, on voit qu'il raconte à la fois comment il est entré dans le métier du spectacle en quittant un travail de mécanicien et comment, ce soi-là, il rompt avec une époque de sa vie pour chercher plus de liberté.
Fin de la chanson. Derniers accors de guitare. Noir complet. Le bigdil est mort. Vive le bigdil.
Comment passer à autre chose ? Impossible de faire oublier le bigdil. Lagaf' est un exilé, tout comme son équipe, tout comme quelques centaines de milliers de fans. Il a été chassé ou il est
parti de lui-même, qu'importe, il est loin de sa terre natale, celle où il est né en tant que vedette de la télé. Les premiers temps, il se sent en vacances, il apprécie cet éloignement du monde
de la télé. Les millions de télespecteurs quant à eux s'assimilent. Ils s'intègrent. Ils oublient peu à peu une époque merveilleuse puisque la règle avec la télé est de toujours avancer, de ne
pas s'arrêter.
Lagaf' veut se refaire. Son titre de gloire (six ans de bigdil) n'a plus de valeur comme un diplôme polonais d'ingénieur. La télé n'a pas de mémoire. Lui seul doit montrer ce qu'il sait faire.
Il se retrouve sans émission sur la chaîne avec laquelle il est toujours lié. Lagaf' exprime l'envie de prendre une année sabbatique après six ans et demi et même avait pensé arrêter complétement la télé lorsque le bigdil s'arrêterait.
Un, parce que cette émission a été une très grande aventure éprouvante, deux, parce qu'il est difficile de faire mieux. Et surtout, il ne se sentait pas soutenu par la chaîne qui après cinq ans
et demi de bons et loyaux service sans grand remerciement le reléguait à 18 heures
pour laisser la place à la star académy.
A-t-il encore sa place alors que la télé réalité est à la mode et qu'il ne veux pas en faire ? Il se sent peut-être comme ces ouvriers qualifiés mis à la porte qui ne retrouvent plus de travail car leurs compétences sont obsolètes.
Mais Lagaf' veut y croire : on peut encore réaliser des émissions sympas sans prise de tête, sans voyeurisme ni obscénité.
Monsieur Propre prend du galon ! : http://www.telefil.com/Accueil/tabid/53/ctl/Details/mid/382/ItemID/3031/Default.aspx
Pleins de photos : http://www.bothersbar.co.uk/weekendspecials/cresus.htm
Lagaf' se met en quête d'un nouveau concept, tourne des pilotes, les présente à la chaîne. La sélection est très dure. Non seulement les dirigeants sont frileux vis-à-vis de tout projet un peu
trop original mais en plus ils demandent l'avis d'un panel de téléspectateurs, lesquels, en position de juge, n'hésitent pas à être très sévère.
"En fait j’avais fait quatre propositions de jeux à la chaîne dont une totalement de mon cru. TF1 a aimé, mais n’en a pas voulu.
J’avais conçu à 100 % Carte noire, une sorte d’À prendre ou à laisser qui se tournait autour d’une table de black-jack.
La chaîne a trouvé que ce serait tout le temps pareil… Puis j’avais songé à l’adaptation d’un jeu anglais Play The Right Card.
Il paraît que c’était trop cher. Un jeu de bataille ensuite. « Trop compliqué »… [Et] un jeu qui opposait une personnalité à des anonymes. Là encore, TF1 n’en a pas voulu. Sans me donner de raison. En fait, tous les jeux ont été confrontés à un panel de téléspectateurs, mais je n’ai jamais pu savoir, ce que le public avait aimé ou détesté dedans. J’ai fait huit ans de Club Med, dix ans de music-hall, dix ans d’animation TV. Je vais au bout de mes engagements. Mais j’ai envie de passer à autre chose."
Lagaf', professionnel jusqu'au bout, essaye une dernière fois d'apporter quelque chose de drôle et divertissant à la télé. Il ne le fait pas à contre-cœur. Il s'agit d'une période de transition. Il arrête progressivement la télé tout simplement. Son joujou n'est pas encore cassé, on ne lui a pas encore repris, il joue encore avec, mais il a grandi.
Il a surtout envie de se placer sur un autre registre. "Je n'avais plus envie d'être habillé en fuschia ou de faire du saut à l'élastique dans une piscine (...) J'ai aimé le faire pendant des années, mais je veux montrer que je suis capable de faire d'autre chose".(Entrevue)
Il sent qu'il a assez montré qu'il avait du talent. A quoi bon comme Julien Lepers et ses Questions pour un champion présentait pendant quize ans le même jeu. La vie est courte et la télé prend beaucoup de temps surtout pour un perfectionniste comme Vincent.
Jusqu'à la fin de la saison, on baigne dans l'incertitude. Reviendra, reviendra pas ? La presse mélange tout.
Elle confond pilote et première, elle se trompe dans les titres probables et souvent laisse à prétendre que Lagaf' prépare une seule émission.
Jusqu'à la fin, elle se trompe : il va présenter la 13ème question…ou non L'héritage…ou non Riche comme Crésus…Et puis finalement c'est Crésus.
Mais Lagaf' nous réserve une toute autre surprise : il apparaît à la une de TV Magazine le crane rasé.
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